Le Gouverneur de la BCEAO, Tiémoko Meyliet Koné, nommé vice-président de la Côte d’Ivoire. 

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Un tournant majeur
Jusque-là Gouverneur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Tiémoko Meyliet Koné, vient d’être nommé vice-Président de la Côte d’Ivoire. C’est ce qui est ressorti du discours du président Ouattara lors de ce deuxième Congrès de l’histoire de la Côte d’Ivoire, tenu à Yamoussoukro.

Le président Ouattara qui cherchait un profil technocratique et “crédible” ainsi que le souffle-t-on dans son entourage, a porté son dévolu sur “le meilleur d’entre nous”. Architecte des réformes majeures du marché financier de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) cet orthodoxe, partisan de l’indépendance de la banque centrale vis-à-vis des politiques publiques des États, s’est révélé un fin manœuvrier, lors des grandes crises conjoncturelles de ces dernières années. Si l’objectif de la maîtrise de l’inflation, “pour protéger le pouvoir d’achat des populations”, arguait-il dans l’un de ces interviews accordés à Financial Afrik, relève du sacerdoce chez ce monument institutionnel vivant de la BCEAO, qui a assisté, alors jeune cadre, au rapatriement de cette institution en Afrique, le maintien d’un coût modéré du loyer de l’argent à travers un taux directeur en deçà de 3%, là où ses collègues du Nigéria et du Ghana subissent le retour du bâton du marché, avec des inflations à deux chiffres et des taux d’intérêt proche de 10%, reste une condition nécessaire d’un système bancaire sain et d’un marché des capitaux efficients. Sous la houlette de ce cadre pragmatique, des réformes d’envergure ont permis de mettre fin au financement des Trésors par les fameux mécanismes des caisses d’avance. Remplacés par un système de financement des bons de Trésor (OAT) par adjudication qui a l’avantage de fournir aux directions du Trésor et, par devers eux, aux ministères des Finances, les financements nécessaires en monnaie locale assortis, ne l’oublions pas, de la sanction du marché. Une sur-souscription équivaut à une sanction positive. De même, un faible engouement traduit un signal de défiance des investisseurs.

La BCEAO s’est illustrée aussi dans la mise en place d’un mécanisme de financement des PME consistant à littéralement exclure de la provision les prêts accordés par les banques aux PME. Certes, l’encours crédit de ces PME reste encore modeste en dépit des garanties et système d’atténuation des risques mis en place.  D’autres mécanismes ont été mis en place à l’endroit des grandes entreprises afin que l’activité économique ne soit pas impactée par le choc cataclysmique du Covid-19. La mise en place rapide des Bons-Covid avec un taux fixe a permis aux 8 États de l’UEMOA de financer leurs opérations d’urgence, notamment l’achat des médicaments et produits de première nécessité.

Dans cette implacable mobilisation en faveur de la stabilité des prix et du maintien des conditions de relance, le gouverneur a su promouvoir le dialogue public/privé à son niveau d’efficience élevée considérant les banques comme les partenaires privilégiés de la BCEAO, associées aux rencontres stratégiques comme celle, dernièrement, en décembre 2021, avec la directrice du FMI.

Solide sur ses fondamentaux, avec des réserves de change au-delà des 6 mois, la BCEAO qui reste, au-delà de son indépendance, sous le mandat de la conférence des chefs d’Etat et, par délégation, de celui des ministres des Finances, a procédé récemment à la fermeture contrôlée de son compte d’opération logé à la banque de France. Cette réforme majeure ne s’est pas traduite par une quelconque panique du marché qui a absorbé l’information sans agitation particulière. La BCEAO dispose rappelons-le, d’une vingtaine de comptes dans le monde pour régler les opérations du commerce extérieur. La question des symboles de la monnaie, passionnante soit-elle, de son appellation à son lieu de fabrication (comme si l’UEMOA était la seule à le faire hors de ses frontières) ne doit pas occulter la fonction fondamentale de la monnaie : source de confiance et de protection de la valeur entre les agents économiques. Certes, la parité fixe enlève à la politique économique le recours à l’ajustement par le taux de change. Mais ce que ce taux de change fixe fait perdre à l’UEMOA en souplesse, elle le rattrape en stabilité, épargnant à la BCEAO de devoir mobiliser continuellement ses réserves pour maintenir la monnaie nationale en vie comme au Ghana et au Nigéria. L’ajustement par le Budget, d’ordre keynésien, reste un outil important aux mains des États qui ont en partage un marché domestique des capitaux mutualisé permettant de faire rencontrer les excédents avec les déficits de financement à l’échelle des 8 pays.

En quittant la BCEAO, le gouverneur laisse une maison bien gérée et un marché bancaire qui n’a plus connu de grande faillite depuis les années 90 quoique dans une phase de redistribution des cartes entre banques françaises et banques africaines. Le départ des grandes enseignes françaises ne correspond pas à un déficit de confiance mais à une montée en force des banques marocaines, nigérianes et des banques natives bousculant des institutions financières devenues rentières au fil des ans et n’investissant plus pour épouser les nouvelles aspérités d’un marché tourné aujourd’hui vers l’Asie et la Turquie quant à ses échanges.

Avec ce départ, la BCEAO se sépare de l’un de ses plus grands gouverneurs au profit de la Côte d’Ivoire. Ce swap orchestré par le président Ouattara est rassurant quant à l’avenir de son pays, placé entre des mains pragmatiques et technocratiques.
Adama Wade, Financial Afrik

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